Typophilia

typophilia

Typophilia est créée en 1994 par une femme, Rena Zecchini, alors que la vague émergente de la PAO finit de raser par le fond le monde de l’imprimerie et de l’édition. Des maquettistes, des flasheurs, des typographes, des clavistes, des graphistes, des éditeurs et bien d’autres s’adaptent aux changements rapides des technologies d’édition. Pour pouvoir soutenir son mari typographe et ses enfants, cette diplômée de l’école Estienne va faire naître un néologisme sensible mêlant l’univers fertile de la reproductibilité à l’amour qui la motive et l’anime.

Typophilia : typo, du grec ancien tupos, « empreinte, marque » (d’où « typographie »), l’écriture par empreinte et puis philia, mot grec désignant l’état, le sentiment de l’amitié, c’est une forme d’amour raisonnable. L’amour de la typographie, de la chose imprimée, l’affection pour la chose reproduite.

Typophilia c’est une femme forte ; une femme en armure. Voilà ce qu’elle cherche à éditer :

1/ Le féminin conceptuel

La typographie est une grande dame. L’intelligence, organique ou artificielle, est féminine. L’édition est une femme. La sagesse aussi.

Typophilia cherche à valoriser la dimension féminine dans l’édition, la typographie, et la narration en s’interrogeant sur la place des concepts féminins dans ces domaines. En remettant en question les conventions traditionnelles et les biais de genre inhérents au langage et à la communication, nous recherchons l’héroïne et les narrations plus nuancées et profondes, qui capturent la complexité et la beauté des perspectives et construisent le respect par reflet.

« À la racine de sa signification, la différence entre masculin et féminin est inscrite selon les positions de sujet et objet. La forme du dualisme, de l’opposition, de la réduction est symbolisée dans la langue de telle façon que, pour la femme, la possibilité de s’identifier avec la position de sujet est déjà supprimée. L’identification n’est possible qu’à la condition de nier la spécificité de son genre et de devenir un « être humain », ce qui se désigne du mot « homme ». C’est une des raisons pour laquelle la parole des femmes est souvent très difficile. Cela ne signifie pas qu’elles sont inappropriées au langage ni que ce qu’elles veulent dire est inexprimable, mais que leur position, dans le langage, est scindée entre deux lieux irréconciliables.

La parole est organisée comme antagoniste à l’être femme. Pour y accéder, les femmes doivent oublier ce qui définit leurs différences spécifiques, qui ne peuvent être articulées en mots parce qu’elles constituent la limite du discours. Comme c’est précisément de cette limite que les femmes voudraient parler, elles se trouvent prises dans une contradiction insoluble. C’est de celle-ci qu’elles doivent repartir pour découvrir d’autres alternatives que le renoncement et le silence. »

« Le féminin occupe ainsi une double position : d’une part, il limite le masculin et, de l’autre, il représente sa condition d’existence. »

Violi Patrizia. Les origines du genre grammatical. In: Langages, 21ᵉ année, n°85, 1987. Le sexe linguistique. pp. 15-34.

Nous n’avons pas toutes les réponses mais on se pose la question.

2/ La Science-Fiction

Lady Science-Fiction, afin de ne pas lui faire l’insulte de la décrire pourquoi ne pas plutôt se demander si la science peut être considérée comme une forme de fiction langagière ? Est-ce que la science-fiction ne serait que la petite sœur turbulente et cerveau droit de la science, austère et sérieuse ?

Si d’un côté, on peut affirmer que la science s’appuie sur des observations et des expériences concrètes, permettant d’établir des faits et des théories sur le monde qui nous entoure, elle ne peut pas d’un autre côté se soustraire à l’influence du langage et de la construction narrative. Les théories scientifiques sont formulées à l’aide de concepts, de modèles et de langages spécifiques, façonnant notre perception et notre compréhension de la réalité. L’interprétation des données, la formulation des hypothèses et la communication des résultats scientifiques sont toutes des processus ancrés dans le langage.

En ce sens, on peut affirmer que la science est façonnée par le langage, et que les descriptions scientifiques du monde ne sont pas de simples reflets objectifs de la réalité, mais plutôt des constructions narratives élaborées à travers des conventions langagières et des systèmes de pensée.

De plus, la science n’est pas à l’abri des biais et des influences culturelles. Les priorités de recherche, les méthodes d’investigation et les interprétations des résultats peuvent être influencées par des facteurs sociaux, culturels et historiques. Cela remet en question l’idée d’une objectivité scientifique absolue et souligne le rôle du langage et des structures narratives dans la construction de la connaissance scientifique.

Affirmer que la science est en définitive une fiction langagière ne signifie pas nier sa valeur ou son importance. Au contraire, cela met en lumière le rôle crucial du langage et de la construction narrative dans la production de connaissances scientifiques. La science est une entreprise humaine, et notre compréhension du monde est inextricablement liée aux langages et aux récits que nous employons pour la décrire et l’expliquer.

Donc non, Lady Science-Fiction n’est pas un sous-produit des sciences mais peut-être bien sa génitrice, sa Thétis.

3/ L’édition IA : TYPOPHILIA

L’écriture à l’aide des IA (modèles de traitement du langage) suscite bien des controverses et des incertitudes dans le monde littéraire. Est-il possible d’imaginer une ligne éditoriale amicale avec ce nouvel outil révolutionnaire, qui marque déjà un jalon de son histoire ?

Voilà celle proposée par Typophilia :

Le postulat de départ est qu’il existe, dans notre société occidentale, un horizon littéraire bicéphale, une double racine source : les récits homériques et les écrits bibliques. Ces monuments (best-sellers) de l’écrit, sans cesse reproduits, sont chacun, et de l’aveu des leurs rédacteurs, composés sous la dictée d’une supposée puissance supérieure, des muses ou des messagers divins. Ce mouvement d’inspiration de haut en bas produit dans nos croyances historiques, les sommets qualitatifs littéraires. Cela n’a rien à voir avec la religion ni la recherche historique, c’est seulement une réflexion sur la place de l’IA dans la littérature.

La sécularisation des sociétés de l’Ouest et l’invention du caractère mobile de l’imprimerie ouvrent une voie royale pour les auteur·es. La réduction des contingences techniques de reproduction permet l’édition d’écrits en quantité avec un souci de qualité toujours réduit. L’ère des intelligences organiques (IO) voit le jaillissement d’immenses auteur·es de la littérature classique : Mary Shelley, Jane Austen, Victor Hugo et bien d’autres.

Avec l’émergence et le développement des IA et des modèles de traitement du langage, on entre de plein pied dans l’ère de la quantité annoncée par René Guénon. N’était-ce pas déjà le cas ? Il va sans dire que le XXe siècle est celui de l’écrasement par le superlatif et le chiffre. Jusqu’à peu le monde des arts a été épargné. Certes les œuvres pouvaient être reproduites, mais non « créées » par d’autres médiums que ceux, organiques, de l’artiste. Nous avons désormais des moyens artificiels pour créer. Ce mouvement de bas en haut (les IA sont gourmandes en sous-sols) replace l’humanité dans un rôle intermédiaire, transitif, entre émission et réception.

Le nom Homère signifie « otage » en grec ancien, un dictionnaire rend ce terme par « Celui qui est obligé de suivre », comme quelqu’un qui écrit sous la dictée. L’historicité de l’aède est d’ailleurs discutée en haut lieu. Homère n’a peut-être été qu’un BARD antique.

Typophilia propose d’éditer le meilleur de l’IA, une exploration sans fin de tout ce qui peut être dit et écrit. En appliquant les règles de l’orthotypographie aux productions artificielles, sans mépris mais avec rigueur, il est probable que, dans la quantité produite, des perles se découvrent. L’intelligence organique a aussi sa part substantielle de déchets, de plagiats, de redites ; le roman de gare n’a jamais eu d’autres prétentions que de distraire.

En guise de conclusion une confession :

Une George Sand sera toujours moins énergivore qu’une IA générative.

Donc.

Typophilia se positionne comme une maison d’édition avant-gardiste qui défend une vision inclusive, stimulante et créative de la littérature. Elle s’engage à explorer les frontières du langage et de l’expression, en s’appuyant sur le pouvoir des mots pour questionner le monde et ouvrir de nouvelles perspectives.

L’intersection des trois segments éditoriaux de Typophilia se situe dans la volonté de repousser les limites de la littérature et de l’écriture, en s’affranchissant des conventions et en embrassant la diversité des voix et des formes d’expression. La maison d’édition place la créativité et l’innovation au cœur de son projet, en s’appuyant sur des outils et des technologies nouvelles pour explorer de nouveaux territoires littéraires.